J’ai salement dormi, en me réveillant toutes les heures. Mon coloc espagnol, le sosie d’Ignatius Reilly (cf. La conjuration des imbéciles) est rentré tard dans la nuit, ils ont fait pas mal de bruit avec d’autres. Il est 8h30, la « rentrée » est à 10h, je file prendre ma douche. Naturellement, l’eau est froide : j’ai pas pensé qu’il fallait peut-être activer le chauffe-eau la veille. Tant pis, je suis trop crade (rappelez vous, j’ai dormi comme un péruvien) donc je la prends quand même.

En sortant, je croise un autre espagnol qui descend les escaliers de chez moi. Il m’explique vite fait que c’est un pote à mon coloc, qu’il a pas encore de logement et que du coup il a squatté la chambre libre qu’il reste chez nous. Pas de soucis. Après le petit-dej, je décolle pour me rendre à l’AIT. On est vendredi, et l’air de The Cures - Friday I’m in Love n’arrête pas de tourner en boucle dans ma tête. On est plein d’étudiants à marcher vers la fac. Je marche seul (sans témoin, sans personne…) en suivant la foule pour aller jusqu’à l’amphi.

J’y retrouve mes compères Cortenais, ils se sont entourés d’autres français. Tant pis pour mon « je vais éviter les français », je me cale derrière eux, puisque tout le monde est en groupe de nationalités. On discute un peu avec les autres, j’en profite pour caser le « Hello where are you from » a une jolie allemande assise à ma gauche, et je discute un peu aussi avec le français assis à ma droite. Il me dit qu’il est parti au Québec faire son stage de DUT, comme moi. Il me dit aussi qu’il est à Wellmount, appart D-15. Mais c’est pas possible parce que c’est chez moi, et que je l’ai pas vu. Il doit se tromper.

Après les explications de bienvenue et tout ça, c’est la pause café. Je le bois avec le français, puis je lui montre mon coloc. Et il me dit que c’est le sien aussi : il habite vraiment avec moi en fait. Eux se sont croisés ce matin, pendant que je prenais ma douche peut-être.

Les autres corses discutent avec un grand blond, une masse. Sûrement un allemand. Je les rejoins, tape un peu la discute aussi. En fait c’est un espagnol, mais il est un peu allemand aussi. Il se démerde vraiment bien en anglais, le salaud ! Bon du coup il reste avec nous pour le reste de la matinée, et après la visite du campus par un ancien élève Coréen, on va manger. On n’a qu’une heure, et sur les conseils de la femme qui s’occupe des internationaux, on va manger au Charlie Brown’s, un pub juste en face de l’AIT.

C’est un bon vrai pub à l’irlandaise, des pubs Guiness partout, des fanions de l’équipe de rugby, un roux derrière le comptoir. On mange avec des allemands, dont la jolie brune qui était à côté de moi le matin. On fait un peu connaissance, on commande à manger, et l’espagnol, Jordi (comme vous pouvez l’imaginer, on a pas manqué de rigoler et de lui chanter « dur dur d’être un bébé ») commande une Guiness. Pour le lunch ça me tente pas trop, mais après tout, on est en Irlande, on est dans un pub… Donc on prend tous une Guiness.

Après s’être bien cassé le ventre, et ressentir les effets de la pinte (qui reste en soi un demi litre), on retourne à l’amphi, en retard. Il ne reste que 2 places, du coup certains doivent s’asseoir parterre (dont moi). Je dois avoir des origines péruviennes quelque part…

Mine de rien on est 350 étudiants internationaux, avec une légère majorité d’espagnols, pas mal de français et d’allemands. Des polonais, des italiens, des belges ; et des chinois. Toujours groupés, comme à Corté.

A la fin de la présentation, où l’on aura vu défiler le président de la fac et tous ses compères, le prêtre (!) de l’AIT vient nous faire un petit spitch. Pas de tenu de prêtre, juste un bonhomme jovial en chemise, qui nous conseille d’aller boire des Guiness (!!), de faire la fête (!!!), de ne pas rester seuls et d’aller vers les irlandais. Quand une des anciennes étudiantes se penche pour ramasser un truc, il nous fait aussi une allusion à son « pretty ass ». Soit j’ai rien compris, soit c’est énorme.

On nous distribue un sac avec quelques goodies dedans : des nouilles chinoises, un stylo, des flyers, des capotes, un truc pour la gueule de bois, un twix… Et on s’en va. Je suis toujours avec les 2 corses (Quentin et Julien) et mon newfriendz Jordi. Il est 16h. Mes compères rentrent chez eux, en face de la fac, et je fais la route vers la ville avec l’espagnol-allemand. Il habite à Inish House, c’est en plein centre ville, moi je suis à mi chemin. On se donne rendez-vous pour le soir, on s’échange les MSN, et je me rends compte qu’on s’était déjà parlé par blogs interposés… Comme quoi !

Arrivé chez moi, Ignatius me dit qu’il va aller faire des courses. Je vais avec lui et ses potes espagnols, dont le squatteur. Tout le monde doit acheter pas mal de trucs pour nettoyer son appart à Wellmount, plein de crasse. Vu qu’on est chargés et nombreux, on rentre en taxi, pour 2€ chacun, en s’économisant pas mal d’énergie.

En rentrant, je passe demander des draps, on range les affaires, puis je passe un peu de temps sur Skype pour joindre ma gentille maman et lui donner un peu de nouvelles.

A l’heure de manger, Ignatius me propose d’aller chez ses potes espagnols. Chacun prend des trucs dans son frigo, et on se retrouve chez les espagnols, les mêmes que l’aprem : Nadal, Joaquin, Ismael, Pablo, Sarah… Y’a aussi une française, Laura. Elle semble galérer pas mal en anglais. Je suis pas à l’abri de rentrer pas mauvais en espagnol avec tout ça mine de rien. Bon petit repas, on prend un peu de tout ce qu’il y a… c’est sympa.

espagnols

Après ça, j’appelle Jordi, qui est avec les allemand(e)s. Ils sont en ville, je les rejoins pour les convaincre d’aller au Shack, un pub juste en face de Wellmount. Quentin et Julien nous rejoignent, on rentre dans le pub : je suis trop content, c’est un bon vrai pub, plus Irlandais tu meurs. Tout est en bois et en pierre. Le tapis-moquette par terre doit être imbibé de bière depuis des années, ça laisse remonter une odeur assez agréable.Il fait sombre, il a quelques lumières orangées, c’est chaleureux, intime. Au comptoir, des Guiness tiennent compagnie à des vieux tous seuls. Derrière le bar, des bouteilles, des verres, et surtout des tas de babioles sont accrochées. Un petit panneau « If assholes could fly, this place would be an airport », des espèces de lutins en céramique… Pas un seul petit bout de mur vide. De l’autre côté de la salle, des petits boxs avec des chaises et des tables en bois, ou des sofas en cuir. Sur le mur en brique, on peut voir des publicités Guiness, des coupures de journaux, des vieilles affiches...

inside

no strangers

box

On s’installe, on commande à boire, on discute, on rigole. Il y a une bonne ambiance. Je retourne à Wellmount, en face de la rue, pour rameuter les espagnols avec qui j’ai mangé.

En retournant au pub, je repère un petit vieux tout seul avec sa bière. Aller parler à un vieil irlandais, c’est un de mes petits fantasmes de voyageur. J’ai envie d’apprendre quelques mots de gaelic. Je prends mon verre, et vais le rejoindre.

''- Hi, can I sit here 5 minutes ? - Yes, of course ! - I’m a student from Corsica. Do you know Corsica ? Yeah, the island in south of France. I was wondering if you could teach me some irish words ? - Oh, I’m sorry, I don’t speak Irish. I learnt gaelic at school, but as you can see... It’s far now !''

La conversation est lancée, on discute de tout et de rien. De rugby, de football gaelic et de hurling, de nos îles, de nos langues, de la pluie, mais pas du beau temps… Il me dit qu’il vient ici tous les jours, et que depuis qu’il ne conduit plus et qu’on l’amène il peut boire autant qu’il veut. Il doit avoir les 80 ans passés. Il me présente sa serveuse préférée, une polonaise. Il s’appelle Frank, et il me souhaite la bienvenue et de la chance pour mes études. Il est gentil. Bon, je suis obligé de couvrir mon verre avec ma main parce qu’il postillonne pas mal, mais c’est pas grave. Après 45 minutes de discussion, je retourne un peu avec mes potes Erasmus. Il me re-souhaite bonne chance pour les études, et me dit à bientôt. On risque de se croiser souvent dans ce pub.

marcos ju quentin

me and jordi

On fait la fermeture avec Marcos, René, Borja (mon coloc), Jordi, Quentin et Julien. Marcos et René, c’est deux allemands et ils sont déjà saouls. Ils ont bien du se siffler 2 litres (sans compter ce qu'ils ont bu avant de venir), les cochons. On s’apprend quelques insultes dans nos langues respectives, puis on rentre.

Sur le chemin, on se rend compte qu’il y a une fête à Wellmount, dans le bloc voisin au miens. On monte, il y a une 50aine (voire +) d’étudiants internationaux. C’est la folie, je regrette pas d’avoir choisit cette résidence.

Hier, je ne connaissais personne, aujourd’hui j’ai bien dû rencontrer une centaine de personnes en tout, entendu des tas de « Hi, where are you from » (A chaque fois qu’on demande les prénoms, on répond tous « Oh, ok » comme si on avait compris. Mais personne ne les retiens )

Je suis en Irlande, j’ai bu de la Guiness, je suis allé au pub, j’ai rencontré un vieil Irlandais, des tas d’autres étudiants. Et la soirée se finira vraiment bien. J’ai sans doute passé une des plus belles journées de ma vie. Et ce n’est que le premier jour.

Une autre soirée à Wellmount a eu lieu le lendemain, et là encore ça a été la folie. On se connait déjà presque tous maintenant, les prénoms commencent à rentrer petit à petit... Ca va être une grosse année je sens.

Vive Erasmus, vive l’Irlande.